STANZE/PIECES. Sylvie Durbec

(traduzione di Lucetta Frisa)

Tapisserie de Bayeux – Scène 55 : le duc Guillaume se fait reconnaître

Chambre cavalière

Deux chevaux ont traversé la stanza où je me tenais pensive

attendant le retour de l’hiver

Ils étaient rouges et fumants

La stanza était bleue d’attente et je me demandais

où aller maintenant

Les chevaux rouges allaient sans cavalier et comme souvent

la maladie

doucement

auréolait les fenêtres d’un peu de blancheur

j’étais un peu fièvreuse

et la nuit gardait mes yeux ouverts

Je suis sortie

le matin marchait sur la route

J’entendais le refrain de ses sabots clic cloc

des chevaux rouges avançaient dans le paysage vert

absolument innocents de tous les crimes divers

commis en ce jour ici partout maintenant

La stanza s’est mise à bruire dans le vent

et ce n’était plus qu’un mot dans un chant

Stanza dei cavalli

Due cavalli hanno traversato la stanza dove stavo pensosa

ad attendere il ritorno dell’inverno:

erano rossi e fumanti

La stanza era azzurra d’attesa e mi chiedevo

ora, dove andare

I cavalli rossi galoppavano senza cavaliere e come spesso

la malattia

lentamente

sfumava le finestre di un’aureola di perla

io ero un po’ febbrile

e la notte mi teneva gli occhi spalancati

Sono uscita

Il mattino camminava sulla strada

sentivo il motivo dei suoi zoccoli clip clop

dei cavalli rossi avanzavano nel paesaggio verde

assolutamente innocenti di tutti i crimini

commessi in quel giorno qui ovunque adesso

La stanza si è messa nel vento a bisbigliare

e non fu che la parola di una canzone

Chambre des solitudes

Le dos à la fenêtre l’air est froid dans la stanza déserte

On cherche des yeux la neige qui ne vient pas

La montagne s’inverse tranquillement sous le doigt

Et se creuse comme un appétit de vent et de bois

Où partir ?

Assez loin,

Tout près,

Endormi dans le lac froid des rêves.

Autour du cou le fil rouge des mots silencieux,

à la main une feuille fraîche de figuier,

aux pieds, les sandales des divinités.

Tout est prêt.

Stanza delle solitudini

Con la schiena alla finestra, nella stanza vuota l’aria è fredda

Gli occhi cercano la neve che non viene

La montagna si rovescia tranquilla sotto le dita

E si buca come fame di vento e bosco

Partire dove?

Molto lontano

Molto vicino,

Dormendo nel lago freddo dei sogni.

Intorno al collo il filo rosso delle parole mute

In mano una foglia fresca di fico

Ai piedi i sandali degli dei.

Tutto è pronto.

Stanza finlandese

Ce que nous savons du silence se trouve

dans la parole

et ce mot SILENZIO ressemble à la chambre

où l’enfant est laissé à dormir

seul

dans la STANZA

Silence et sommeil se donnant la main

et cherchant dans les couloirs du cœur

une raison

à tous ces craquements

qui trouent la maison

en donnant vie au bruit

Ce que nous savons du tremblement

du glissement

du frôlement

se trouve dans le frisson silencieux des nuits blanches.

Parler peu, un régime de la voix

pour amincir son âme en se taisant.

Amincir sa parole jusqu’à la rendre silencieuse :

travail du poète.

Le tronc du vieux chêne est-il rongé

de l’intérieur

comme nous le sommes

par ce mal inconnu que sera notre propre mort ?

Sur le chemin, un crapaud,

mort.

Sur le chemin une procession de mouches,

vivantes.

La mort du crapaud a nourri les vivantes.

écrite sur l’île des ours, Finlande, 2004

Stanza finlandese

Ciò che si sa del silenzio si trova

nella parola

e la parola SILENZIO assomiglia alla camera

dove si è lasciato il bambino dormire

da solo

nella STANZA

Silenzio e sonno si danno la mano

e cercano nei corridoi del cuore

una ragione

a tutti questi scricchiolii

che penetrano la casa

dando vita al rumore

Ciò che si sa del tremare

del scivolare

del frusciare

è nel brivido muto delle notti bianche.

Parlare poco, una strategia della voce

per fare sottile l’anima tacendo.

Per fare sottile la parola fino al silenzio:

è il lavoro del poeta.

Il tronco della vecchia quercia è corroso

all’interno

come lo siamo noi

da quel male ignoto che sarà la nostra morte?

Sulla strada, un rospo,

morto.

Sulla strada una processione di mosche,

vive.

La morte del rospo ha nutrito le vive.

Estate 2004, Isola dell’orso, Finlandia

Stanza del deserto


Pour Johanne qui écrit la lumière

La stanza cette fois ouvre sur les dunes noires :

des enfants lisent un livre à la lueur d’une lune absente.

Un homme les accompagne

dans leur lent voyage immobile,

d’est en ouest.

La stanza est inscrite dans un rectangle de sable ocre

et lumineux adossé à la nuit.

Au sud, une petite fille en rose.

A l’ouest, le garçon parle à un autre

que lui-même,

l’absent de tout désert, son frère.

Sa tête est un pays, son âme, un haut plateau.

Que regardent la petite et l’homme ?

Un livre d’images où le mot désert s’écrit

dans une autre langue que la mienne :

montagnes d’air et de vent noirs.

Un petit pic de soie effilochée derrière eux se dresse,

triangle de tendresse tissé.

Un coussin tressé

pour le repos des trois voyageurs.

La dune dessine ses ombres sur le mur.

Un Himalaya de sable et de lumière

contre lequel, doucement, s’appuyer

pour lire sans souffrir du vertige.

Je ne sais pas si je peux entrer

dans cette pièce de papier,

dans cette stanza du Désert

où zigzague la lumière

en rayures

de soie.

Je ne sais encore rien

du désert, ni du froid,

de la couleur du vent et de sa force,

du sable dans les yeux. Je regarde.

Stanza del deserto

Per Johanna che scrive la luce

Stavolta la stanza si apre su dune nere:

bambini leggono un libro alla luce di una luna assente.

Un uomo li accompagna

nel loro lento viaggio immobile,

da est a ovest.

La stanza si staglia in un rettangolo di sabbia ocra,

luminoso e addossato alla notte.

A sud, una bambina in rosa.

Ad ovest, il ragazzo non parla

che a se stesso,

l’assente di ogni deserto, suo fratello.

La sua testa è un paese, l’anima, un altipiano.

Cosa guardano la bambina e l’uomo?

Un libro di figure dove la parola deserto si scrive

in una lingua che non è la mia:

montagne d’aria e di vento neri.

Un piccolo pizzo di seta sfilacciata dietro a loro,

triangolo di intrecciata tenerezza.

Un cuscino tessuto

per il riposo dei tre viaggiatori.

La duna disegna le sue ombre sul muro.

Un Himalaya di sabbia e di luce

dove appoggiarsi dolcemente

per leggere della vertigine senza soffrire.

Non so se posso entrare

in questa camera di carta,

in questa stanza del Deserto

dove la luce va a zig zag

in striature

di seta.

Non so ancora nulla

del deserto, del freddo,

del colore del vento e della sua forza,

della sabbia negli occhi. Guardo.

Rovaniemi, Aurora boreale

Sylvie Durbec nasce a Marsiglia. Poeta, scrittrice, artista visiva. Ha scritto sui destini di Robert Walser e W. G. Sébald.

Opere pubblicate (2005-2017):

Les nuits de Vollezele, les Jours de Flandre. Marseille, éclats et quartiers. Comme un jardin (bleu). Prendre place, une écriture de Brenne. Chaussures vides, scarpe vuote. La huppe de Virginia. Ce rouge qui brillait/Soutine. Le paradis de l’oiseuleur. SANPATRI. Route d’avril, vif tambour. L’IDIOT(E) devant la peinture, poésie. Un voyage aux petites plaines. Fugues (récits). Passagères de l’est. L’ignorance des bêtes. Bascoulard/Opalka.

Romanzi (2001-2002):

Un été de Reine en Finlande. L’apprentissage du détachement. Un bon Indien est un Indien mort.

Fughe (racconti, 2006) e Scarpe vuote (poesia, 2016) sono tradotti in italiano da Lucetta Frisa per le edizioni Joker.

Sylvie Durbec

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